(FR) Les producteurs etrangers


Alpha Dia pour Africanhiphop.com, 1999

La qualité du hip hop sénégalais peut sans doute se mesurer a  l'aune de ses collaborations avec des producteurs étrangers. On peut en effet remarquer que depuis quelques années maintenant, ces producteurs étrangers (et pas des moindres !) interviennent de plus en plus au sein de la scéne dakaroise.



Les toutes premiéres collaborations avec des producteurs étrangers sont a  l'actif de PBS, lors de leur premier album international Salaam (1995). Avaient en effet participé a  cet album Longsy D (producteur du bluesman américain Ronny Jordan), le groupe londonien de trip hop & acid jazz Raw Stylus, et Boom Bass (producteur du rappeur frana§ais MC Solaar). Les deux MC's du PBS (Doug E Tee et Didier Awady) avaient a  l'époque expliqué le choix de leurs producteurs par leur désir de réaliser un album éclectique. Quant aux albums qui allaient suivre, même s'ils ne connurent pas une grande diffusion internationale au même titre que Salaam, ils donnérent eux aussi lieu a  des collaborations internationales. Tout d'abord Daw thiow qui enregistra la participation du producteur marseillais Mounir (du collectif Uptown, qui a a  son actif quelques sons du groupe frana§ais Prodige Narmor).

Ensuite et surtout l'album New York-Paris-Dakar qui fit appel encore a  Mounir, mais aussi a  Cut Killer et DJ Abdel (les deux membres fondateurs du Double H, collectif numéro 1 de DJ's frana§ais), ainsi que Scott Harding. Ce dernier, a a  son actif un carnet de collaborations assez fourni, lui qui a notamment participé aux albums du Wu Tang Clan et de Gravediggaz entre autres. Et pour PBS, il s'est occupé des sessions d'enregistrement et du mixage (faut-il le rappeller , l'album New York-Paris-Dakar a été réalisé pour l'essentiel aux studios Greene Street, temple du hip hop new-yorkais et mondial).

Second dans l'importance de leurs collaborations avec des producteurs étrangers, le trio Daara J. Leur premier album international (en fait la réédition de leur toute premiére K7) avait notamment bénéficié du concours du grand DJ anglais (d'origine jamaa¯caine) Mad Professor (producteur de Macka B, Aswad, etc.). De nouvelles prises de voix avaient ainsi été effectuées a  Londres, dans le fameux studio Ariwa que dirige Mad Professor, et c'est ce dernier qui s'était occupé aussi du mixage de l'album. Quant au second album de Daara J (Xalima-1998), il a bénéficié du concours de deux jeunes producteurs étrangers, certes pas trés connu sur la scéne mondiale, mais quand même talentueux : le frana§ais J.M. Vespassien (du collectif Ghetto Youth Progress qui a a  son actif de nombreuses productions en France) et l'anglo-Jamaicain Derek D. Fevrier.

Autres crews a  avoir bénéficié du concours de producteurs étrangers : Bideew bou bés (produit par Youssou Ndour a  travers son label Jololi) dont l'album a été entiérement réalisé par un jeune producteur américain Andy Shafte, Section K'd'as dont un titre a été produit par Sulee B.Wax (producteur frana§ais qui a a  son actif NTM, Ste, Mafia Underground, NAP, etc.). On peut enfin citer MC Lida, dont les deux albums ont bénéficiés de la participation de producteurs Italiens (Steve Monroe, Cesaro et Tano pour le premier album, Chiesara et Giani Vitale pour le second).

Ces collaborations avec des producteurs étrangers, que doit-on en penser ? La question mérite réflexion, car tout n'est finalement pas si facile. D'abord, c'est une concurrence déloyale que subissent les producteurs locaux, du fait des différences entre les moyens entre les uns et les autres. Le risque est grand dans ces conditions de voir alors les producteurs locaux confinés a  des productions destinées exclusivement au marché sénégalais, contraints ainsi a  préparer le terrain (premiers albums des groupes locaux, pré-productions pour les albums internationaux, etc.). pour les producteurs étrangers. Or le hip hop est une vaste culture a  laquelle font d'ailleurs partie les producteurs musicaux. De la même maniére que les MC's sénégalais se font connaa®tre au-dela  de leurs frontiéres, les producteurs locaux doivent avoir l'occasion eux aussi de s'exporter. Or si les rappeurs sénégalais ne font pas appel a  eux pour les albums destinés aux marchés internationaux, comment arriveront-ils a  s'exporter ? Par ailleurs, on entend souvent dire (notamment dans la presse spécialisée) que les albums produits localement présentent parfois des sonorités plus intéressantes que ceux réalisées a  l'extérieur, sans doute parce que plus imprégnés des influences locales et de l'environnement musical sénégalais (cette fameuse touche sénégalaise !).

Un bel exemple de collaboration peut néanmoins être trouvé a  travers Xalima de Daara J : même s'il a été réalisé par des producteurs étrangers, il a été néanmoins entiérement cona§u a  Dakar, des premiéres prises de voix au mixage final, en passant par la conception musicale (a  laquelle ont d'ailleurs participé de nombreux musiciens locaux). Tout cela explique sans doute pourquoi l'alchimie entre sonorités hip hop et influences musicales africaines est si bien réussi dans Xalima.

Vers page 3: Les collaborations avec des mc's etrangers
 


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